Celui qui n’a jamais été seul

Published 2 années ago5


Réflexion atrabilaire sur la solitude, la gaudriole et le mieux.

Je vous parlais d’Antichamber dans la dernière chronique, j’ai déjà évoqué mon amour profond pour The Stanley Parable et je crevais d’envie de vous parler un jour de Portal.

Si on rajoute à ça Sad Satan, il apparaît clairement que j’ai comme qui dirait un souci obsessionnel avec la solitude. Enfin ça c’est ce que diront les trous du cul qui se mettent à hyperventiler à l’idée de se retrouver seul. Perso je vois pas ça comme un problème. Tant mieux vous me direz, ça m’évite de remettre en cause mon comportement, et ainsi ne pas admettre qu’une forme de sociopathie m’anime. Encore une fois, c’est mal me connaître: je suis un exemple d’intégration sociale. Alors arrêtez d’essayer de me faire passer pour un cas psychiatrique et laissez-moi plutôt vous expliquer avec force espièglerie pourquoi j’aime tant l’isolement. Je vais vous parler de moi parce que je suis un mec intéressant et surtout car ça me permettra, enfin je l’espère, d’attiser votre curiosité concernant les jeux cités plus haut. Et si vous les connaissez déjà, peut-être aurez-vous envie d’y retourner.

Il convient pour commencer que je vous expose à une facette primordiale de ma personnalité: je déborde littéralement d’amour, la tendresse dégueule réellement de chacun de mes pores. Puisque dans la vie tout est question d’équilibre, il me fallait bien trouver un moyen de contrebalancer ces épanchements incessants de bienveillance. C’est donc dans la froideur et le silence que j’ai trouvé le moyen de me libérer du fardeau qu’impose la distribution quotidienne d’amour. Parce qu’il faut bien comprendre que lorsque que l’on décide de vivre à travers le prisme miévreux d’Aphrodite, il faut accepter de recevoir toute la négativité du monde dans la gueule sans broncher, en répondant systématiquement par un sourire rassurant, et en parallèle accepter de partager le bonheur de ceux qui vont bien et qui veulent vous le faire savoir. Difficile donc de respirer dans de telles conditions, d’où le besoin d’une catharsis.

Le premier jeu à m’avoir fait connaître le sentiment béatifiant de l’isolement fût Super Metroid. Mais à l’époque, j’étais trop jeune pour comprendre vraiment pourquoi ce jeu me plaisait tant. Gamin, on aime ou on n’aime pas, l’analyse et la branlette intellectuelle ne se développant qu’avec l’avènement de la branlette tout court. Il aura donc fallu attendre l’Orange Box pour je mette les mains sur le jeu qui allait faire toute la lumière sur mes penchants isolationnistes.

Ah Portal… quelle claque ! Pas besoin que je revienne sur le gameplay hein, tout le monde connait, et même si ce point fait de Portal un excellent jeu, c’est son ambiance qui fait de lui un PUTAIN DE JEU!
Pour faire entrer Portal au panthéon des jeux avec une atmosphère de bâtard, ses développeurs se sont appuyés sur:

  • un sound design épuré
  • un cadre scientifique froid, austère.
  • une menace distante et discrète, à l’humour subtil et noir
  • un twist de porc

S’il est vrai que le silence des chambres de tests est interrompu par les interventions sarcastiques de G.L.A.D.O.S, je suis de ceux qui pensent que cela n’enlève rien au sentiment général de solitude. En effet, s’il pourrait être tentant de se raccrocher à la voix monotonique de notre ennemi, il ne faut pas oublier que l’on a affaire à une I.A qui, bien que simulant à merveille une conscience, n’a rien d’humain. Alors là on pourrait se mettre à parler d’Asimov et consort, mais je ne pense pas que cela serve vraiment mon propos, et surtout je ne suis pas assez calé sur le sujet pour me le permettre. Mais je le suis assez pour dire qu’à mon sens, le fait de communiquer avec une I.A rehausse encore plus ce sentiment d’abandon absolu. Elle n’est finalement qu’un leurre que l’on se forge pour essayer de recréer du lien social, tout comme avec le Companion Cube d’ailleurs. Du coup on pourrait facilement en venir à comparer Portal à une sorte d’allégorie de la lutte de l’homme contre ses propres démons et là cet article deviendrait grandiose. Mais il aurait fallu éviter de commencer par ma phrase précédente par « du coup » pour avoir l’air sérieux, et surtout ce n’est pas là où je veux en venir.

Laissez-moi plutôt vous parler d’une soirée qui a eu lieu un jour chez oim, et qui va servir de transition dans cet article rondement mené. Ma waifu avait fait venir à cette petite sauterie deux de ses collègues de l’époque, deux jeunes hommes forts bien de leur personne. Me demandez pas pourquoi parce que je m’en souviens plus, mais à un moment ils se sont mis à parler de Portal 2.
Curieux et sociable, je m’asseyais près d’eux une cannette de bière tiède à la main. La suite me dira que j’aurais mieux fait de m’éloigner et d’aller chercher une bière fraîche pour partir la boire à des kilomètres de là.

« Le 2 est plus marrant »
« Y’a rien à faire dans le 1  »
« Le 1 est moche »
« J’ai trop ri quand G.L.A.D.O.S elle dit qu’on est grosse lol xD  »

Après avoir en vain tenté de me noyer dans ma canette (astuce orthographe : cannette s’écrit avec un ou deux n, c’est comme on veut) pour ne plus jamais entendre de conneries pareilles, je tentais d’instaurer le dialogue avec ces deux gars finalement pas si bien que ça.
Merde les mecs, certes Portal 2 est un bon jeu, je ne suis pas assez obtus pour dire le contraire. Mais putain il faut vraiment avoir de la merde dans les yeux pour ne pas réaliser qu’on a ici affaire à une personnification de l’expression « le mieux est l’ennemi du bien ».
Si en terme de gameplay, le coup des rayons était vraiment chouette et le coop fort bienvenu, le truc des gels par contre était selon moi de trop. Mais dans le fond ça n’est pas vraiment ça le problème. Et j’aurais voulu m’étaler un peu plus sur la partie multi mais l’article va devenir bien trop long et surtout j’aimerai bien le publier avant décembre.
Non, ce qui cloche, c’est l’ambiance. On en revient toujours à elle. On dirait que dans cet opus, tout a été fait pour péter les genoux à ce qui avait été mis en place dans le premier jeu. Alors, on commence par quoi ?

Allé, prenons le cas de Wheatley, vu que c’est le point le plus évident. Je vois en ce personnage, et j’espère que vous aussi, la volonté de rendre le jeu accessible au plus grand nombre. Bah ouais, on va filer au joueur un copain rigolo plutôt que de l’inciter à s’imprégner du cadre en laissant parler son imagination. Et dire que les messieurs susnommés y ont joué en français et apprécié son bla-bla incessant et recyclé à l’envie… Si vous êtes comme eux, j’ai l’honneur de vous annoncer que vous avez des goûts de chiotte. J’ajouterai que cet insupportable sous-HAL version Franck Dubosc a été élu meilleur personnage de l’année par je-ne-sais-combien de magasine, ouais. Le monde en est arrivé là.
Comme si ça ne suffisait pas, les dévs ont même été jusqu’à emmener GLADOS (ouais je mets plus les points, c’est chiant à faire) au bout du ridicule : transférer son être dans une … patate ?? Ok ok allez y, z’avez qu’à faire participer Chell au carnaval de Dunkerque en oubliant pas de lui coller des gros nibards !
Rajouter là-dessus une bonne grosse surcouche de mise en scène et d’easter eggs over the top (la chorale des tourelles, sérieusement ?) et vous avez la meilleure des soupes destinée aux joueurs désireux de connaître le frisson du conceptuel sans être trop bousculer dans leur beaufitude.

Ces arguments, je les ai exposés aussi clairement que possible à ces deux énergumènes. L’inconvénient étant que j’ai nettement moins de tchatche à l’oral qu’à l’écrit, j’avoue ne pas être sorti victorieux de cette joute verbale. Je dirais même qu’à aucun moment je n’ai réussi à faire ne serait-ce que vaciller leurs certitudes. Autant dire que ça m’a laissé un goût si amère dans la gueule que toutes les Hommel Bier du monde n’aurait su l’atténuer. Et comme tout homme qui se respecte, l’échec de l’argumentation fit circuler en moi le sang noir de la violence. Je n’avais qu’une envie : les énucléer, remplir leurs orbites de vinaigre bas de gamme, et puis les trainer dans les bois et puis faire d’eux mes petites salopes et puis, et puis… et puis… Et puis, je me suis souvenu de qui je suis. L’amour, la tolérance, tout ça.

C’est vrai qu’ils étaient pas méchants ces garçons, c’est vrai que Portal 2 est un bon jeu, sinon pourquoi je l’aurais fini? Et surtout, est-ce que je peux reprocher aux autres de ne pas se complaire dans la neurasthénie comme je le fais peut-être trop souvent ? Clairement non. Après tout, le tralala pouet pouet a le mérite de faire sourire les gens, et n’est-ce pas là mon nindo ? Pourquoi cracher sur ceux qui visent le même objectif que moi, à savoir faire du bien au petit cœur des gens ? Peut-être parce qu’eux le font dans l’espoir de se faire un paquet de fric…

Bordel on s’en sortira jamais !

P.S : il reste un atout irréfutable à Portal premier du nom : son générique de fin. L’Alpha et l’Omega du générique, drôle, intelligent et émouvant, le genre de truc qui vous reste gravé à vie dans le crâne. Rien à voir avec celui du deuxième opus, qui n’est que du réchauffé au micro-ondes pour kékés qui… FFFFFffffff, respire renaud. Amour et douceur, coton et sucreries.

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4 thoughts on “Celui qui n’a jamais été seul

    • Ma curiosité envers ton identité « BitViking » a bien faillit me couter des carresses de chibre, heureusement ma femme avait une visu sur mon écran super plat. Salutations

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  • Bonjour,
    Heureux d’avoir lu tes sentiments envers ce chef-d’œuvre que j’affectionne aussi particulièrement.
    Permettrai tu aux 2 énergumènes de comprendre leur erreurs d’appréciations infondées grâce à ce post?
    Leur aurai tu proposé trop de cannnettes (orthographe underground) de zythum tempéré au point de leur faire perdre la raison?
    Ils devront comprendre malgré tout que nous ne pourrons valider l’argument graphique dans la mesure où les deux volets tournent sous le même moteur 3d (mis à part quelques artifices qui ce sont greffés au deuxième opus).
    Par ailleurs, je serai tout ouie d’entendre ce que Portal 2 à de plus « marrant ».
    Auront ils à l’avenir la possibilité d’étayer leur point de vue ici ?

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    • Malgré bien des recherches intensives dans les souvenirs de ma waifu et les miens, impossible de remettre un nom sur les visages flous qui hantent nos mémoires.
      Ils font partie de ces gens « qui étaient là à une soirée » et qui disparaissent de nos vies une fois la dernière gorgée de bière avalée. On en a tous connu des comme ça, ça fait partie des joies de laisser sa porte ouverte à qui voudra bien la traverser.
      Mais en bon démocrate, il est évident qu’ils sont les bienvenus pour exprimer leurs opinions par commentaires interposés. J’aime quand on me montre que j’ai tord, j’en ressors moins con.

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