The Complete Elimination Of The Other

Published 3 semaines ago


La zone industrielle qu’ils appellent ça. Et bien, je vais vous dire franchement, je vois pas en quoi cette zone serait plus industrielle que tous les autres no man’s land que j’ai traversés jusqu’ici sur cette foutue planète. Où que vous alliez, où que votre regard se pose, il n’y a rien d’autre que des usines et des chemins d’aciers. Tout est gris, glacial, et ce putain de vent à la con qui ramène sans cesse à vos oreilles le son des turbines et des presses, et vous embourbe les poumons de fumerolles bien cracra. Enfin pour ça, j’ai pas à m’en plaindre, j’ai pas de poumons, je suis une machine.

Et dire que c’est ici que je suis « né »… Quelle misère… Coreprime, capitale de l’empire des robots, des K-Bots comme on nous appelle officiellement. Cet énorme morceau de métal qui orbite autour d’un soleil sans doute mort depuis longtemps, moi je vous le dit, c’est le Nord Pas-de-Calais de l’Univers : y’a rien à faire, ça pue la mort et en dehors des ressources minières, vous ne tirerez jamais rien de bon de ce sol. Vous pensez que j’exagère ? Regardez, c’est la carte du lieu en question :

Core_Prime_Industrial_Area

Alors j’en rajoute ? Le pire, c’est que ça fait des années et des années que je traîne mes guêtres d’acier dans cet environnement stérile. Maintenant que je prends le temps de calculer, je réalise que ça fait bientôt vingt ans, bordel…  Depuis 1998, mon esprit pilote le Commandeur, sorte de Goldorak sous Prozac, arpentant les mondes pour y faire ce pourquoi j’ai été construit : récolter du minerai et de l’énergie solaire, construire une base militaire et aller botter le cul de l’opposant. Le tout très, très, très lentement.

On pourrait croire que ces tâches répétitives dans ces environnements monotones auraient vite eu raison de mon entrain, que je me serai laissé rouiller dans un coin jusqu’à ce que plus aucun courant ne parcoure mes circuits, mais il n’en est rien. J’ai fini par trouver une forme de sérénité dans toute cette grisaille, et les lents déplacements de ma carcasse donneraient presque un aspect onirique à mon existence.

On m’a débarqué au nord-ouest de la zone. Je connaissais ce coin par cœur. Je savais que j’allais devoir construire une ligne de défense au nord de mon QG pour éviter les attaques sournoises. Je savais que mon ennemi se situait au sud-est, que bientôt les carcasses de tanks et de robots soldats empêcheraient toute circulation et que l’issue de cette bataille se jouerait à coups de missiles nucléaires. Mais pour l’instant, j’avais le temps. Je bâtissais des extracteurs de métal, quelques réservoirs d’énergie et des capteurs solaires, le tout formant des quadrillages parfaitement ordonnés qui donnaient fière allure à ma base. Je fabriquais mes premières unités, non pas des machines de combat mais plutôt des ouvriers qui allaient préparer mes lignes de défense à l’entrée sud : deux gros canons à plasma de chaque côté, épaulés par deux tourelles anti-aériennes. Puis, un peu plus en avant, des petites tours à laser derrière des barricades. Le top ! Mais pour l’instant, il me fallait achever mon usine de véhicule, pendant que mes ouvriers marchaient tranquillous vers leur destination. Ouais, c’est le mot : tranquillou.

Un peu plus tard, j’envoyais un groupe de quatre ou cinq chars légers en reconnaissance. Il se passerait de longues minutes avant qu’ils n’atteignent leur destination. Je les laissais donc avancer loin de mon regard et me concentrais sur la préparation de mes forces aériennes. Je décidais d’installer sa production à l’ouest de ma base, histoire de ne pas déséquilibrer l’harmonie de l’ensemble. Alors que mes ouvriers se mettaient au travail, une symphonie ô combien épique se fit entendre, raisonnant comme une menace sur les murs de métal de la zone industrielle. Putain j’ai des frissons chaque fois que j‘entends ce morceau… Cette musique annonçait que les hostilités allaient commencer. Sans doute que mes chars venaient de croiser des éclaireurs du camp adversaire, pas de quoi s’alarmer. Par simple acquis de conscience, je jetais quand même un coup d’œil. Rien. Mes trois Instigators et mes deux Raiders poursuivaient leur route, peinards, sans croiser la moindre résistance. Mes yeux se posèrent alors sur la mini-carte, et là… ooooh là… à l’est de ma base, mes radars détectaient quelque chose… deux petits points rouges oscillant tels des serpents… non pas des serpents : des frelons.

Bordel de merde ! Retour à la réalité ! Je ne suis pas un Commandeur du Core, je suis renaud dupont, je joue à Total Annihilation et je m’apprête à me prendre une branlée par un pote que j’ai clairement sous-estimé. C’est tellement la panique que mon récit est passé au présent ! Ce con a déjà des frelons, des FRELONS  PUTAIN !! Par chance, j’ai sous la main quelques unités anti-aériennes qui me permettent de me débarrasser de ces parasites sans trop de dégâts. Cependant, la capacité de mon adversaire à produire bien plus rapidement que moi des unités aériennes de niveau 2 m’inquiète au plus haut point. Alors qu’une petite flotte d’avion de reconnaissance est sortie de mes usines, je tente de retrouver mon calme, et reprends mon récit au passé.

Ayant fait survoler à mes quelques avions la base de mon adversaire, je réalisais comment il avait pu si rapidement prendre l’ascendant sur la bataille : lui ne s’était pas emmerdé à organiser ses bâtiments comme un jardin à la française. Tout y était éparpillé, ses ouvriers construisant au plus près de leur point de chute pour gagner de précieuses secondes qui, mises bout à bout, lui donnaient un bon quart d’heure d’avance sur moi. Et surtout, il bâtissait en quantité faramineuse ! Trois ou quatre usines de véhicules, autant de plateformes aériennes, toutes produisant sans cesse des armes de guerre. Il produisait autant de ressources qu’il en consommait, alors que de mon côté, je stockais inutilement. J’eus à peine le temps d’apercevoir des colonnes de chars blindés se dirigeant vers chez moi avant que mes frêles avions ne soient abattus. Mes défenses étaient renforcées, j’étais prêt à accueillir son armée, mais je n’avais strictement aucune latitude pour contre-attaquer. Bientôt, les abords de mon secteur se transformaient en cimetière de ferraille. Il cognait dur, mais je tenais bon.

Alors que le champ de bataille devenait impraticable tant les carcasses de robots rendaient toute manœuvre impossible, vint le temps des missiles nucléaires. Je n’avais très vite plus assez de contre-missiles pour arrêter les volets de nuke qu’il m’envoyait, mais bizarrement, ma base ne morflait pas tellement. En réalité, ce salopard se servait du feu nucléaire pour virer les débris qui encombraient la route de ses troupes. Clairement, il jouait avec moi. Il me fallait tenter quelque chose…

Je voyais ses tanks à la manœuvre autour de ma base, tous guidés d’une main habile, m’indiquant que toute l’attention de mon adversaire était portée sur eux. C’était l’occasion pour moi de tenter une technique bien connue : la grosse Bertha cachée. Le plus prudemment du monde, j’acheminais quelques unités de construction de haut niveau un peu au nord de sa base, à l’écart de la route de ses troupes, et j’y installais quelques brouilleurs de radar. Puis je m’attaquais à la construction de de mon fameux canon. S’il n’est pas détecté, cet engin de mort à la portée immense et à la puissance de feu dévastatrice peut réduire à néant les structures adverses en un rien de temps. C’est ce qui arriva. Comble de la chance, mon adversaire ne réalisa pas tout de suite que je commençais à détruire ses constructions, trop occupé à guerroyer sur mes terres. Le temps qu’il réagisse, j’avais fait sauter ses structures les plus importantes, m’assurant une victoire qui quelques minutes plus tôt me semblait inatteignable.

Seulement voilà, si j’avais pu compter sur la chance dans cette bataille, les parties suivantes s’apparentèrent à de véritables corrections. Je pensais connaître ce jeu sur le bout des doigts, il fallait me rendre à l’évidence : j’étais vraiment nul à Total Annihilation. Sur les cartes les plus petites, il ne lui fallait pas plus de quinze minutes pour me faire chuter. Damned… Toutes ces années de jeu ne m’auraient donc mené nulle part ?

Pas si sûr.

 

Vous avez lu « Philosophie des jeux vidéo » de Mathieu Triclot ? Vous devriez, c’est hyper intéressant. Si je vous parle de ça, c’est parce qu’il y a dans ce livre une phrase qui a retenu mon attention et qui s’applique parfaitement ici : « Les joueurs font les jeux, autant que les jeux font les joueurs ».

Adolescent, je jouais à Total Annihilation avec mon pote de toujours, et ce d’une façon fort particulière : nous nous accordions chacun trente minutes sans déclencher les hostilités, juste pour préparer notre base et notre armée, puis nous lancions l’assaut simultanément. C’était du grand n’importe quoi, nos pauvres Pentium de l’époque ne suivaient pas la cadence et nous devions abandonner la partie tellement il était impossible d’en voir le bout, mais on se marrait bien. En résumé, je n’ai pas perdu ma jeunesse à jouer comme un pied à ce jeu, puisque je m’y suis amusé avec mes propres règles.

J’entends d’ici les petits malins me dire « Hé Renaud, tu serais pas en plein biais de confirmation là ? Tu cherches à justifier ta nullité plutôt que de te remuer le cul pour devenir meilleur ! ». Peut-être, c’est vrai que je n’ai jamais eu l’esprit de compétition. Peut-être ne suis-je pas un connard de droite qui doit se savoir meilleur que les autres pour se sentir vivant.

Rhooo, allez mes amis les républicains, que la boutade ne vous offense pas. Je veux simplement dire que ce qui compte, c’est de ne pas oublier de bien souligner le jeu du jeu vidéo. J’ajouterai même que jouer, bah ça se prononce comme jouet. Je n’aurais pas un doctorat de linguistique avec ça, mais ça résume bien ma pensée. Il y a tout ce qu’il faut dans Total Annihilation pour que n’importe quel amateur de stratégie s’y plaise, le jeu peut même être accéléré pour ceux que le rythme de base rebuterait. Et si vous voulez taper dans les batailles dantesques, lancez-vous à corps perdu dans Supreme Commander, son successeur spirituel également réalisé par Chris Taylor, le papa de Total A. Vous aurez droit à un super système de zoom qui renforce encore l’aspect stratégie de masse, et l’ajout d’unités gargantuesques amène une bonne dose de piment à l’action.

Total Annihilation est l’un de mes jouets préférés, et preuve que nous vivons dans un monde quand même pas si vilain, il dispose d’une communauté active qui sort encore aujourd’hui des patchs et des mods pour prolonger le fun. Alors vous savez quoi ? Je m’en vais de ce pas me lancer une petite partie et m’éclater en construisant des lignes de défenses symétriques. Pendant que je fais ça, je vous invite à vous le chopper sur GOG. À ce prix-là y’a même pas de questions à se poser !

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