Prostitution, espoirs, ravioles.

Published 5 mois ago


Si pour garantir la rémunération de vos Youtubeurs favoris vous n’avez pas activé AdBlock, vous avez sans doute vu Philippe Etchebest vous vanter les mérites de la 1664. Difficile de ne pas faire le rapprochement avec Konami, vous ne trouvez pas ?

Ouais je sais je me la raconte en faisant des analogies bien tirées par les cheveux histoire de faire le mec pointu mais si on y réfléchit bien, c’est pas si débile que ça.

Philippe Etchbest a été élu Meilleur Ouvrier de France il y a 16 ans, distinction qui nous garantit que le mec, bah c’est pas un manche. On peut le trouver insupportable avec son goût pour l’autorité et cette manie de gueuler sur le premier venu, mais j’imagine que quand il vous sert à bouffer, ça doit mettre tout le monde d’accord. Du coup, le voir faire la promotion d’une bière aussi insignifiante que la 1664, ça soulève quelques inquiétude, forcément. Je vois deux explications possibles : soit il a voulu rendre service à un pote, auquel cas il aurait mieux fait de lui conseiller de brasser de la meilleure bière, soit il a fait ça pour l’argent facile, et là c’est triste mais malheureusement nettement plus probable.

Ça devrait pourtant être une évidence pour un mec de cette envergure : céder aux sirènes de l’argent facile alors qu’on a vraiment du skill, c’est tout naze. Quand on a du talent et une certaine exposition médiatique, ça devrait être illégal de faire de la merde pareille. Rendez vous compte, le gars prépare de l’esturgeon au vinaigre de framboise ou du foie gras poêlé sur pâte de raviole et après il veut nous faire croire que la 1664 c’est un régal. Je veux pas paraître pessimiste, mais j’y vois le signe d’un déclin inévitable et tragique, déclin qui risque de toucher aussi bien ce cher Philippe que l’humanité toute entière.

Et ben Konami c’est exactement la même chose.

Vous vous souvenez de la seconde moitié des années 90 ? Aah putain, ça a été une des périodes les plus heureuses de ma vie. J’avais entre 10 et 15 ans et, pas encore vicié par le sexe et le rock’n’roll, je profitais naïvement des copains et de ce cadeau de la Vie à l’Humanité qu’était la Playstation première du nom. A cette époque, mon imaginaire affamé se nourrissait, non, s’empiffrait de titres aujourd’hui entrés au panthéon des jeux cultes : Castlevania, Suikoden, Silent Hill, Vandal Hearts, … Pas loin de 75 % des jeux qui m’auront le plus chamboulé à cette époque sont sortis de chez Konami, une vrai poule aux games d’or.

Lorsque se termina cette décennie glorieuse, je m’éloignais un peu du monde des consoles pour explorer plus avant celui du PC. Je n’ai donc plus vraiment entendu parler de la firme nipponne pendant une bonne dizaine d’années, mais les impitoyables lois du marché et une série de décisions merdiques nous ramenèrent à elle. Quand je dis nous, c’est moi et mes crises d’angoisses.

Vous connaissez Hideo Kojima ? Je vais partir du principe que non, comme ça ça me facilite la narration. Alors en gros, Hideo Kojima c’est l’un des développeurs de jeux les plus influents de l’histoire. Il peut tranquillement donner la main aux Shigeru Miyamoto, Peter Molyneux et autres John Carmack. Et vous l’aurez devinez, il a toujours bossé chez Konami.

Même si certains lui reprochent son air prétentieux et sa propension à rendre les histoires qu’il raconte le moins clair possible, ses idées de gameplay et quelques-uns de ses personnages sont devenus mythiques. C’est sa série Metal Gear qui a fait de lui la star qu’il est, mais il ne faut pas oublier Zone Of The Enders, ou encore Policenauts. Bon pour être parfaitement honnête, j’ai pas fait Policenauts mais permettez-moi de me ranger derrière l’opinion populaire et considérer que c’est un excellent jeu. Mais on va plutôt revenir sur Metal Gear si vous le voulez bien.

En 2012, Kojima annonça le début du développement de Metal Gear Solid V : The Phantom Pain. Tout laissait augurer un grand jeu : trailers super sexy, promesses alléchantes autour du gameplay… Tout semblait réuni pour que cet épisode soit une vraie perle, mais allez savoir pourquoi, en 2015 Konami et Kojima se brouillèrent. En résulta la précipitation de la fin du développement du jeu, au grand dam des fans qui se retrouveront avec un Phantom Pain amputé de sa dernière partie.  Et quoi de plus frustrant qu’un grand jeu avec une fin merdique ? Surtout que le terme de « fin » est clairement un euphémisme, car c’est carrément une moitié de jeu qui a été sacrifiée.

Mais ce n’est pas là la seule déconvenue découlant de cette mésentente, car au moment où Konami poussa gentiment Hideo Kojima vers la sortie, ce dernier travaillait sur un nouvel épisode de Silent Hill, l’iconique série de jeu d’horreur.  Et sérieusement, je comprends pas comment la firme a pu pisser à la gueule d’un tel projet parce que boudiou ça promettait d’être vraiment énorme ! Rien que pour teaser le jeu, Kojima a pondu un des premiers trailers interactifs de l’histoire. Le truc se présentait sous la forme d’un court jeu, une sorte de démo à l’atmosphère parfaitement terrifiante. Répondant au doux nom de P.T, cette expérience horrifique (que je vous invite vivement à découvrir en cliquant sur ce lien) s’achevait en nous balançant à la tronche les noms de Guillermo Del Toro (Le Labyrinthe De Pan, Pacific Rim) et de Norman Reedus (The Walking Dead), rien que ça. Mais voilà, suite à la scission entre Konami et son développeur vedette, le projet fût avorté et nous n’aurons jamais droit à ce qui semblait s’annoncer comme un monument d’angoisse.

Là, je parie que vous vous demandez quelle mouche a bien pu piquer Konami pour ainsi prendre de si mauvaises décisions, surtout que Kojima n’est pas le seul à avoir été foutu dehors, c’est toute la boîte qui a été « restructurée ». La réponse est assez évidente, mais laissez-moi d’abord vous conseiller de ne plus utiliser l’expression : « quelle mouche a piqué ». Non sérieusement, c’est craignos.

La réponse est, je vous le disais, évidente : la thune. Il peut paraître étrange lorsqu’on a comme objectif de gagner de l’argent de licencier un élément de l’envergure de Kojima, mais si on se penche sur l’état du marché du divertissement au Japon, on trouve rapidement des éléments de réponse. Tout d’abord, développer un jeu vidéo est une entreprise particulièrement onéreuse, sur l’archipel comme ailleurs. Ensuite, Kojima a la réputation de prendre son temps pour peaufiner son boulot, boulot qu’il aime rendre grandiose. Dans le marché ultra concurrentiel du jeu vidéo, on peut comprendre que les gars de Konami ne veuillent plus prendre le risque d’investir dans les créations pharaoniques de celui qui a pourtant si longtemps été l’un de leurs meilleurs poulains.

Et qu’est-ce qui coûte moins cher à produire qu’un jeu console et qui a le vent en poupe en ce moment ? Le jeu mobile pardi ! Konami a en effet annoncé vouloir se concentrer sur ce marché où les jeux vont aussi vite à développer qu’à oublier. Le marché de l’instantané où le pognon coule joyeusement des petits doigts de « geeks » au gosier assoiffé des financiers. Et j’exagère pas quand je parle de pognon qui coule, car il ne faut pas oublier qu’au Japon, ils ont aussi un truc qui fait fureur et qu’on a pas vraiment chez nous : les machines à sous, ou pachinkos comme on dit là-bas. Ce marché est plus que lucratif et bien évidemment Konami ne s’est pas privé pour créer des machines à l’effigie de ses licences phares, éloignant les joueurs des consoles pour les amener vers des machines réclamant sans cesse de la thune pour prolonger le jeu…

C’est quand même malheureux hein, de voir une boîte si emblématique répondre comme ça aux sirènes de l’argent facile… Un peu comme si Philippe Etchebest se mettait à vendre de la 1664…

Mais faut-il perdre tout espoir pour autant ? Faut-il se résigner à penser que les grands créateurs de jeux ont perdu leur bataille contre les financiers ? Et bien non, chers lecteurs, et je vais de ce pas vous le prouver.

Vous vous doutez bien qu’avec le succès qui l’a accompagné pendant près de vingt ans, Kojima a eu le temps de mettre un petit paquet de pognon de côté, et que son carnet d’adresse, est plus que respectable. Comme il avait déjà fondé Kojima Production en 2005 et qu’il est désormais débarrassé de toute obligation envers Konami, il a relancé un projet de jeu accompagné des joyeux camarades précédemment cités, auquel vient s’ajouter Mads Mikkelsen, parce que pourquoi pas.

On ne sait pas grand-chose du jeu pour l’instant. Deux trailers ont été dévoilés, aussi abscons l’un que l’autre. Sérieusement, je vous mets le premier des deux ci-après, vous irez pas me faire croire que vous y comprenez quelque chose.

Qu’est-ce que je vous disais ! Bon, on va pas s’amuser à essayer de décrypter ces étranges mais sexy scènes et plutôt revenir au sujet premier, ce qui me permettra de parler d’un gars et d’un projet qui me titille beaucoup plus que le travail de ce brave Hideo.

Vous vous souvenez de Castelvania Symphony Of The Night ? Si forcément, j’arrête pas d’en parler, c’est mon jeu préféré. L’assistant directeur de cette perle made in Konami, le bien nommé Koji Igarashi, est considéré comme l’instigateur du renouveau de la série Castlevania. En 2014, sentant le vent tournée il s’est barré pour fonder son propre studio. Ne jouissant pas de l’exposition médiatique de Kojima, mais fort d’une fan base complètement dévouée, il lança une campagne Kickstarter pour financer l’héritier de Sotn : Bloodstained, Ritual Of the Night. C’est un immense succès : une montagne de fric est réunie en moins de deux. 5 545 991 $ pour 64857 contributeurs, soit une moyenne de 85$ par tête. Autant dire que les gens en crèvent d’envie !

Je ne vais pas m’étendre trop sur le sujet car je me mettrais à parler comme un fanboy, ce qui m’est insupportable, mais surtout car j’ai envie d’en finir avec cet article. Je vous laisse tout de même cette vidéo de gameplay présentée à l’E3  2016. Personnellement, ça m’a convaincu de garder deux jours de RTT pour sa sortie.

Tout ça pour dire qu’il ne faut pas trop s’émouvoir des erreurs des grandes firmes. Enfin si, quand ça engendre des déforestations ou d’autres trucs dans le genre, là c’est inquiétant, me faites pas dire ce que j’ai pas dit. Ce que je veux dire, c’est que l’avenir nous réserve quoiqu’il arrive de grands jeux, avec ou sans le soutien des grosses boîtes. Donc tout va bien, cet article n’a servi à rien, la vie continue. Et on va s’arrêter là pour aujourd’hui.

Je vous aime tous.

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