La tyrannie des farouches

Published 12 mois ago


2016 : Civitas va devenir un parti politique et des petits culs numériques font perdre tout leur bon sens à certaines personnes. Au Ravenholm Post, l’inquiétude grandit.

Si mon naturel optimiste me pousse à croire que l’évolution des mœurs en termes de sexualité va plutôt dans la bonne direction, à savoir celle de la liberté et du respect, l’industrie du jeu vidéal nous a récemment offert trois exemples poignants de la présence encore bien ancrée du puritanisme et de la connerie profonde.

Commençons par Siege of DragonSpear. Ce jeu, passé sous le radar de la plupart des joueurs, est une aventure dont le récit fait la jonction entre les deux volets de Baldur’s Gate. Pour les non-gamers de mon lectorat, je me dois de préciser que les Baldur’s Gate, merveilles parmi les merveilles, sont des jeux de rôles situés dans l’un des univers de Donjons et Dragons (et j’espère qu’il n’ait pas nécessaire que je vous explique ce qu’est Donjons et Dragons).
Dans Dragonspear donc, la petite troupe du joueur est amenée à croiser le chemin d’une certaine Mizhena. Ce personnage, complètement secondaire, révèle au travers de ses quelques lignes de dialogues qu’elle est transgenre : née garçon, elle est devenue femme. Rien de bien déroutant quand on sait que l’univers de Donjons & Dragons est coutumier de l’exposition des sexualités alternatives, et qu’à peu près toutes les espèces se sont reproduites les unes avec les autres : on y trouve des mélanges homme/orc, nain/loup, elf/licorne et j’en passe. La sortie du jeu ayant été discrète, on s’attend logiquement à ce que les personnes qui jouent à Dragonspear soient assez au fait de ce genre de pratiques puisque qu’il y a de très grandes chances pour qu’elles aient fait les deux premiers volets de la série.
Le jeu s’est pourtant fait sévèrement pourrir sur les plateformes de distribution tels que Steam à cause de la dite transgenre. Et faut voir comment les mecs avaient la rage et vomissaient leur intolérance dans les commentaires envers « cette connerie de diversité ».
Réaction logique, les développeurs se sont fendus d’un communiqué qui en substance disait :
Hé mais vous êtes cons ou quoi ? Depuis que Donjons et Dragons existe, et ça fait bientôt cinquante ans, y’a des trucs dans le genre. Déjà dans le premier livre de règles y’avait un anneau pour changer de sexe alors venez pas nous casser les couilles.
Ce à quoi les détracteurs ont répondu :
Nan mais le problème c’est que Mizhena nous raconte qu’elle est transgenre alors qu’on lui a juste dit bonjour. C’est débile, le dialogue est mal écrit donc votre jeu est nul.
On remarquera ici que l’intolérance va de pair avec une certaine astuce dans la mauvaise foi. Pas décidés à se laisser emmerdés par les rageux, les développeurs ont de nouveaux répondu :
Bon les gars on se détend. C’est un personnage secondaire, on n’allait pas commencer à lui écrire 40.000 lignes de dialogues surtout que vous pouvez passer à côté sans lui parler. Et puis merde un peu de diversité ça fait pas de mal.
Finalement le débat a fini par se déplacer vers les bugs en multijoueurs et autres inconvénients qui, pour le coup, ont toute légitimité dans la critique d’un jeu.
Malheureusement cet évènement, que l’on pourrait qualifier d’anodin vu qu’il ne concerne qu’un titre réservé aux plus avertis des joueurs de RPG, n’est que le premier d’une série nauséabonde.

Passons si vous le voulez bien à un exemple un peu plus médiatisé puisqu’il implique l’un des jeux les plus populaires du moment : Overwatch. Le FPS de Blizzard répond à tous les canons de l’esthétisme qui ont fait une grande partie du succès des créateurs de World of Warcraft : beaucoup de couleurs, une mise en scène épique et des personnages très caricaturaux. Et qui dit très caricaturaux dit très sexualisés.
S’il paraît à certains de bon ton de cracher sur la représentation des femmes dans les jeux (sois bonne et tais-toi), je n’ai pour ma part jamais été dérangé par cela tant que le pendant masculin restait également valide (sois costaud et réfléchis pas trop). Surtout, penser que des potiches puissent influencer notre vision de la femme revient à dire que les jeux violents vont nous pousser au crime IRL. Comme toujours, tout est une question d’éducation et de bon sens. Expliquez simplement à vos mioches que non, les hommes ne sont pas forcément faits pour faire la guerre et que toutes les belles femmes n’ont pas comme seuls avantages que leurs nibards. Je suis certain qu’ils comprendront et qu’ils vous remercieront pour votre habile manière de les éclairer sur le monde qui les entoure. Mais vous vous doutez bien que tout le monde n’est pas de mon avis.
C’est le cas d’une certaine Fipps qui, sur le forum dédié à la beta d’Overwatch, s’enflamma plus que de raison à propos de cette pose de victoire de Tracer. Je vous invite à bien regarder ladite pose et à me dire si vous trouvez ceci « overly sexual » et si vous pensez sérieusement que cela réduit le personnage de Tracer à un énième sex symbol creux. Parce que franchement pour ma part, je ne vois pas où est le mal. Quitte à gueuler, j’aurais trouvé plus judicieux de s’attaquer au personnage de Widowmaker qui avec son décolleté interminable à un potentiel d’offense à la morale bien plus élevé. En tout cas, le post de Fipps a déclenché de vifs débats entre féministes trop zélés et hardcoreux trop machistes, piégeant au milieu de gentils gamers pas certains de saisir l’intérêt de tout ce blabla.
La réaction de Blizzard a pour le coup été plutôt intelligente. Ils ont remplacé la pose en question par la pose suivante, pas moins sexy, mais sans doute plus en accord avec le caractère exubérant du personnage. Plus d’un ont alors crié à l’autocensure, ce à quoi le directeur artistique du jeu a brillamment répondu en expliquant qu’une phase de beta a justement pour but d’ajuster le jeu pour plaire au plus grand nombre sans non plus sacrifier complètement la vision initiale des développeurs.
Ce n’est donc pas sur la réaction de Blizzard que je souhaite m’attarder, puisque je la trouve vraiment précise et intelligente, mais plutôt sur la critique initiale. Tout d’abord parce je la trouve infondée (sérieusement, il n’y avait rien de graveleux dans cette pose), mais surtout car elle est l’expression d’une façon de penser qui se veut progressiste mais qui selon moi se prend les pieds dans le tapis de sa bienpensance.
Pourquoi Tracer ne pourrait-elle pas être une femme forte et indépendante ET un peu coquinette ? En quoi l’expression d’un attrait pour la sexualité réduirait-elle à néant la personnalité du personnage ? S’il est vrai que la représentation de la femme dans les jeux les a longtemps réduites à des faire-valoirs pour héros valeureux, on a quand même depuis un petit moment maintenant évolué vers une image nettement plus positive, l’exemple le plus célèbre étant évidemment celui de Lara Croft. Ça va sans doute en gêner certains qui diront « Comme par hasard une meuf avec des gros nichons » mais ça serait omettre qu’elle est aussi archéologue, athlétique, courageuse, etc. Ce que je veux dire, c’est que sexy ne rime pas forcément avec bulbe ramolli et qu’au contraire, ça peut être un signe de liberté et d’affirmation de soi. Là, des petits malins pourraient me dire : « Ha bah tu dois pas être content du nouveau design de Lara Croft alors ! Je parie que ça t’a saoulé hein ?! ». Bah non les gars, ça ne me gêne pas, d’abord parce qu’ils font ce qu’ils veulent de leur personnage, et que ces nouvelles proportions ne l’ont pas rendu plus fade, bien au contraire. Il faudrait sans doute plutôt se poser la question de l’aseptisation du gameplay, mais n’ayant pas joué aux derniers opus je m’abstiendrai de tout commentaire.
Enfin bref, vous aurez compris ce que je pense de tout ça, on va pas trop s’attarder là-dessus car dans le fond ça n’est une nouvelle fois pas bien méchant. Attaquons-nous au troisième exemple dont le niveau de puterie atteint des sommets, une belle merde comme l’Humanité sait nous en pondre quand elle laisse parler les gros connards qui lui servent de sphincters.

Tout a commencé avec une histoire de localisation comme il y en a tant. Il est vraiment très courant qu’un jeu produit au Japon se voit légèrement modifié lors de son export en Europe ou aux U.S, ceci afin de mieux coller à la culture de la région de vente. On peut légitimement trouver cela débile mais sachant qu’il est aujourd’hui super simple de se fournir en import les versions originales, on se dit qu’il n’y a pas de quoi démouler un cake. Et pourtant, la sortie aux Etats-Unis de Fire Emblem Fates a fait se démouler bien des cakes, et vraiment pas des meilleurs.
Suite du très très bon Fire Emblem Awakening (le seul opus de la série Fire Emblem à avoir autant franchi les frontières nipponnes), Fates fonctionne sur le même principe que les volets précédents. Pour faire simple, il s’agit d’un tactical RPG offrant la possibilité entre les batailles de faire vivre des romances à vos personnages afin de renforcer leur complémentarité sur le champ de bataille. La particularité de Fates est d’avoir intégré à ses phases de séduction un mini-jeu durant lequel il faut « chatouiller » l’être désiré. Je comprends que cela puisse sembler un peu chelou à certains, surtout quand on sait que parmi les personnages il y en a des vraiment jeunes. La sexualisation de la jeunesse est un trip assez courant au Japon, mais c’est rarement le kiff des occidentaux. On peut comprendre donc que lorsque Nintendo commercialisa son jeu sur le territoire américain, la décision fût prise de supprimer ce mini-jeu.
Bien mal leur en prit car ils venaient par la même occasion d’éveiller le courroux de la frange la plus infâme du peuple des gamers : le GamerGate. Rien qu’avec un nom pareil, on peut s’attendre à du scandale, je ne pensais pas que ça irait si loin. Avant de commencer cet article, j’avais vaguement entendu parler de ce mouvement qui s’amusait à faire pression sur les journalistes ne partageant pas leur point de vue, alors j’ai creusé un tout petit peu pour voir… et bordel …
En fait, les gars ne s’amusent pas à faire pression, ils bousillent carrément des gens. Et petite subtilité qui va bien : ils sont bien bien bien, mais alors vraiment bien à droite, White Power et tout le bordel. Et qui de mieux placé que des SS férus d’informatique pour mener une bonne campagne de dénigrement bien sale ?
Dans la bataille pour Fire Emblem Fates (oui je dis bataille parce que les mecs sont vraiment en guerre) c’est sur Alison Rapp qu’ils ont frappé et ils s’en sont donné à cœur joie : la pauvre nana représente non seulement tout ce qu’ils détestent, mais elle se trimballe quelques « casseroles » qu’ils ont pu utiliser bien méchamment.
Alison Rapp travaillait pour Nintendo America comme marketeuse, peu de chances donc pour qu’elle ait eu une influence sur la décision de virer du contenu du jeu. Mais voilà, étant ouvertement féministe pro-sexe, elle offrait toutes les clefs au Gamergate pour faire chier Nintendo, dont l’image de gaming familial ne saurait souffrir de la présence d’une dévergondée dans ses rangs. En fouillant dans le passé de la jeune fille, les mecs sont tombés sur une thèse rédigée par leur cible ayant comme sujet la pédopornographie au Japon. Elle y défend que, tout comme regarder des films violents ne poussent pas les gens au meurtre, les contenus pédopornographiques ne poussent pas à la pédophilie, et que par conséquent la communauté internationale ne pouvait pas légitimement faire pression sur le Japon pour qu’il durcisse ses lois. Il n’en fallait pas plus pour que ses détracteurs en fassent une pro child porn, et après un bon mois de bashing sur les réseaux sociaux, elle se faisait virer. Dans le fond, ce n’est pas vraiment étonnant de la part de Nintendo de vouloir protéger son image sur un territoire traditionnellement puritain, c’est triste mais pas surprenant. Le problème, c’est qu’en tant que bon doberman, le Gamergate n’a pas lâché sa victime une fois celle-ci à terre.
Une fois le licenciement confirmé, le harcèlement n’a pas du tout cessé, et les classiques menaces de mort et autres divulgations d’adresses des proches étaient devenues le quotidien d’Alison (c’est encore d’actualité d’après ce qu’elle dit sur Twitter). De nature plutôt optimiste, elle continue sa life de femme libérée et va commettre une « erreur » qui va remettre de l’huile sur l’eau du moulin du Gamergate.
Je mets des guillemets à erreur parce que perso, je ne vois pas ce qu’elle a fait ensuite comme une faute morale. On pourra quand même considérer que pour le coup, elle a un peu tendu le bâton pour se faire battre : elle s’est créé un profil sur un site d’escort girl sous le nom de Maria Mint. J’ai beau être pour la libération des mœurs, il faut avouer que c’est pas super malin d’aller vendre ses charmes sur le net alors que t’es stalkée par une bande de misogynes ultra-violents. Y’a mieux niveau timing… Rien que pour la famille je veux dire, puisque forcément les photos olé-olé d’Alison se sont retrouvées dans les boîtes mails de ses parents, cousins, parents d’amis, etc. Quand je vous disais que ces mecs sont des vrais trous de balle (je sais pas trop où mettre les s là…). Et si vous pensez que j’en rajoute, allez faire un tour par ici et attardez-vous sur la section des commentaires. Dans le flot de leurs propos puants, on en vient même à oublier qu’à la base, c’est de jeu vidéo dont il est question.

Voilà où on en est. Toujours les mêmes conneries : on fait un pas en avant pour en faire trois en arrière et atterrir le pied dans la merde. Va falloir que j’arrête avec les articles dans le genre, j’ai pas pour objectif de nous démoraliser à la base. Trop pas envie de faire une conclusion, sérieux j’ai trop le seum là, faut que j’aille jouer à Terraria. D’ailleurs si vous retournez lire l’article sur Terraria, prenez un Prozac, faîtes pas les cons.

Je suis triste mais je vous aime.

Ouais, c’est un peu court comme conclusion.

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