Gabriel, tu flottes dans mon coeur

Published 3 années ago


Janvier 2015, je me décide enfin à acheter une Playstation 3. Certains diront que je suis complètement à la bourre, moi je préfère dire que j’aime les systèmes arrivés à maturité. Maintenant que j’ai commencé un blog, je ne pouvais vraiment pas prendre à la légère le choix du premier jeu. Alors j’ai fouillé mon cerveau et les étalages, et là du fond du bac à promo, Lords Of Shadows m’a tendu ses bras squelettiques, et ce n’est pas par hasard.

C’est au moment où la jeunesse branchée maltraite son compte en banque pour se payer une rutilante PS4 que je me suis décidé à investir dans un système que certains diront moribond. Moribond mon cul ouais. C’est comme si vous me disiez qu’une fille est rassis une fois passé la puberté, putain de pédophiles ! Enfin, ce qui me rassure, c’est que si vous lisez ces lignes c’est très certainement que vous partagez tout ou partie de mes opinions, donc bon, je ne m’en fais pas trop pour les gosses que je n’ai pas.

Alors oui, je suis intimement convaincu qu’acheter une console plusieurs années après sa sortie comporte tous les avantages nécessaires aux amateurs éclairés. Vous profitez d’un système stable, dont le hardware a fait ses preuves (et si ce n’est pas le cas vous êtes au courant), dont le catalogue est quasi bouclé et où vous trouverez à la pelle des jeux à portée de bourse, car oui, l’argent reste le nerf de la guerre, soyons honnête. 2015 me semble donc à juste titre le moment idéal pour acquérir cette machine.

Mais à ce petit jeu, il faut se montrer prévoyant. Avec l’avènement du retro, il s’est créé un marché où tout jeu de plus de 10 ans peut rapidement voir son argus flamber sévère. Jveux dire merde, vous avez déjà jeté un œil au marché de l’occaz PSOne? Jcrève d’envie de m’offrir Suikoden 2 mais jvais devoir débourser minimum 130 balles pour ça, et encore si je m’en sors bien… Donc plus de temps à perdre, on se trouve dans la fenêtre temporelle où le catalogue PS3 est aussi abondant qu’abordable. Ça sera plus le même délire dans 5 ans et 5 ans, ça passe vite.

Revenons-en à nos moutons. J’achète donc une PS3 et mes petits yeux de radin sont bien vite attirés par une affichette jaune dans le Dock Games du coin qui me dit, non, qui me crie : 2 occaz achetées, la 3e offerte ! Je fouille, je prends, je repose les petites boîtes, jme gratte la barbe, j’aligne bien les petites boîtes parce que j’ai l’impression que ça m’aide à me décider, je reprends, je repose, je fais une mini crise d’angoisse puis je m’avance vers le vendeur avec dans les mains : Skyrim, Castlevania Lords Of Shadows et Little Big Planet.

Je reviendrai sur Skyrim dans un prochain article, car le fait de l’avoir pris sur console plutôt que sur PC relève de l’intrigue romanesque et dramatique. Little Big Planet on s’en fout, c’était le gratuit, même si il a une place à mon sens honorable dans l’histoire de la PS3. On en arrive donc enfin au sujet de cet article : Lords Of Shadow. Le spectacle va pouvoir commencer, merci d’être resté jusque-là. Non sincèrement, merci.

Ceux qui me connaissent savent que Symphony of the Night est mon jeu préféré. Ouais je sais c’est très commun mais je vois pas pourquoi j’irais choisir un jeu obscur comme égérie juste histoire d’avoir l’air d’un grand spécialiste. Je ne reviendrai pas ici sur le pourquoi de cet amour sans bornes, des tas de gars se sont déjà branlés sans retenu sur le sujet et j’ai pas envie d’en remettre une couche, surtout que je n’ai jamais été branché bukkake.

Si j’ai choisi de commencer par Lords of Shadow donc, c’est par amour pour la franchise dont cet opus est le premier représentant sur cette génération de console. Evidemment, je partais avec des putains d’aprioris vu la qualité plus que discutable des épisodes 3D de la série. Quand j’y pense, je me demande comment j’ai pu à l’époque passer autant de temps sur Lament of Innonce…

Au lancement du jeu le logo KOJIMA Productions me rassure quelque peu, peu de chances que cette canaille d’Hideo ait laissé poser son patronyme sur une bouse. J’essaie donc de laisser les préjugés précédemment cités de côté durant la première heure de jeu. Mais…

Mais mais mais mais ça commence pas très fort, pour pas dire carrément mal ! Je vais essayer de faire filer la comparaison LoS/SotN tout au long de l’article car même si ce ne sont évidemment pas les mêmes jeux, la combinaison va me permettre de différencier ce qui fait un bon jeu d’un jeu inoubliable. Parlons environnement pour commencer.

Ce qui fait selon moi le sel d’un Castlevania, c’est le château. C’est pas compliqué, c’est la première partie du titre depuis bientôt 30 ans, donc les mecs ont plutôt pas intérêt à se chier dessus. LoS commence donc dans un village.

Là vous vous dîtes que je fais mon connard, et ce n’est qu’à moitié vrai. Ok jveux bien démarrer dans un environnement autre que le château pour amorcer l’aventure, mais là le premier chapitre c’est carrément le festival. On démarre dans un village, on galope dans une forêt pour arriver dans un marécage qui nous mène à un temple qui nous mène dans une dimension glaciale. Manque plus qu’un égout et un putain de cirque les gars, on tient le bon bout !

Heureusement ça se calme par la suite, mais je trouve que le château se révèle complétement anecdotique. Je ne sais plus vraiment dire à quel moment on y entre mais le fait est qu’on en sort rapidement sans en garder un souvenir impérissable. Certes, on en prend plein les mirettes lors des phases d’escalades (très nombreuses et finalement pas si chiantes) et ce quel que soit l’environnement que l’on parcourt, avec parfois un vrai bon sentiment de grandiosité gothique, mais j’estime que l’on est en droit de vouloir du bon gros castle dans Castlevania. Jveux dire, c’est comme si vous louiez un porno intitulé « La dentiste est une cochonne » et que les trois quarts du film se passaient dans la salle d’attente.

Le plus triste, c’est que les parchemins narratifs que l’on glane de-ci de-là font monter les enchères quant à la nature démoniaque de la bâtisse mais la mayonnaise ne prend finalement jamais, et c’est dommage. Il en va de même pour l’aspect exploration global du jeu. OK on obtient des compétences qui permettent de revenir dans les niveaux précédents pour chopper des objets inaccessibles auparavant, mais non seulement le fractionnement en niveau bien distinct ôte tout le plaisir des allé-retours des autres Castlevania (je parle ici des Metrovania, comme on les appelle désormais), où tout le jeu jouissait d’une unité bien pensée qui nous faisait revenir en arrière autant par plaisir que par besoin, mais en plus de ça c’est cette fois pour récupérer des trucs dont on a juste rien à foutre et là ça me fout tellement les nerfs que je suis obligé d’arrêter net cette phrase à rallonge pourtant si bien partie. Je le répète, tout cela est bien dommage.

D’autant plus dommage que  les dévs ont essayé de perpétuer une forme de tradition en incluant certains lieux emblématiques du dit château, je pense ici à la Clocktower, cette infernale machinerie qui nous casse affectueusement les couilles dans la plupart (peut-être tous, j’ai pas vérifié) des titres de la série. Vous vous souvenez de celle de SotN, avec ses petits secrets et tout ? Forcément. Celle que vous venez de traverser, vous l’avez déjà oubliée. On torche cette dernière sans y ressentir aucun machiavélisme, et puisqu’ils voulaient donner dans la tradition, pourquoi ne pas y avoir mis une seule foutue Medusa Head ?!

Rhaaaa les Medusa Heads, saloperie parmi les saloperies. Considérées par beaucoup comme l’ennemi le plus chiant de la création vidéoludique, leur brillante absence va au moins m’offrir la possibilité d’enchaîner sur un autre point noir du jeu : les ennemis. C’est quoi cette diversité à deux balles ? Non seulement les rencontres se font dans une espèce de schéma plateforme->ennemi-> plateforme -> enigme -> boss pas folichon, mais en plus de ça elles sont plates au possible. T’es dans un niveau avec des vampires ? Tu combats que ça, pareille pour les loup-garous, les trolls… Tout est dans sa petite case alors qu’avec un système de combat aussi chouette (oui oui, ya des trucs bien dans ce jeu, dire le contraire serait vraiment de mauvaise foi), on aurait voulu, du moins j’aurais voulu me fritter du vampire ET du loup-garou en même temps, avec pourquoi pas deux trois faucheurs pour foutre la pression. Faut que je reparle de SotN pour enfoncer le clou, du Colosseum par exemple ?  Nan, je crois que vous avez compris. On va plutôt s’attarder un moment sur les boss.

Là les mecs ont fait dans le dantesque avec ce qu’ils appellent la classe Titan. En gros ce sont des créatures immenses où le combat se résume à de l’escalade et à quelques QTE plutôt qu’à de la vraie bonne grosse baston, même pas besoin de sortir le fouet… Encore une fois : oui c’est magnifique, non je ne m’amuse pas. Surtout avec le géant des glaces que j’ai trouvé rébarbatif au possible. Sans parler de la Dracoliche, face à elle on ne fait vraiment que chercher son chemin sur une colonne vertébrale géante sans jamais se sentir menacer alors que putain on est en train de combattre un dragon millénaire ressuscité par la Mort elle-même ! Heureusement que d’autres combats plus classiques viennent d’une fort belle manière rehausser le niveau, je pense notamment au Seigneur lycan et à Carmilla, là OK, j’en prends plein la gueule tout en m’amusant. Le vampire Brauner était sympa aussi, mais quelle introduction de merde :

Brauner : Je ne te laisserai pas passer.

Gabriel : Tu ne m’empêcheras pas de passer.

Je déconne pas, leur rencontre avant la baston se limite à ça, tu parles d’une narration !

Parlons-en de la narration (putain qu’est-ce que je suis doué en structuration de récit, MOI !) et attention ça va spoiler.

On frôle ici le niveau 0 de l’émotion et de la surprise, disons-le tout net. Rien que le narrateur, il s’appelle Zobek… Non mais franchement… ça sonne peut-être bien en je-ne-sais-pas quelle langue, mais non, faut pas pousser. Pour mon propre confort, je l’appellerai Claude jusque la fin de l’article. Claude donc intervient entre chaque chapitre pour nous conter l’histoire de Gabriel et de sa quête de vengeance et essaye de nous faire comprendre comment ce dernier devient sombre, méchant, brutal… et je sais pas si c’est moi mais je vois pas en quoi Gabriel devient mauvais durant cette quête. On passe tout le jeu à débarrasser le monde des pires saloperies de l’Enfer, d’autant que notre héros fait partie de la Confrérie, association de gentil dont le boulot consiste justement à buter de la canaille. Non, je vois pas sous quel prétexte Claude et notre homme s’entêtent à vouloir nous faire voir de la noirceur là où il n’y en a pas. Le meutre de Claudia ? Faut vraiment avoir un vieux Solex à la place du cerveau pour ne pas voir venir le coup fourré, mais le pire dans tout ça, c’est que Gabriel a beaucoup beaucoup, beaucoup de mal à faire passer l’émoi qui devrait aller de pair avec la tragédie qu’il vit. J’ai toujours l’impression que tout ce qui se passe autour de lui lui en touche une sans faire bouger l’autre. Le mec il revoit sa chère et tendre apparaître d’entre les morts : oh je suis triste olala, et deux secondes après, ah salut Zobek. Heu je veux dire Claude.

Dans SotN, ok yavait vraiment pas grand-chose, mais les trois phrases d’Alucard et son portrait statico-charismatique suffisait largement à rendre le « récit » intéressant. C’était pas transcendantale mais ça se suffisait. Là j’ai même pas bien compris pourquoi Gabriel devient Dracula à la fin. Parce qu’il bute Satan ? ‘tain j’en parle même pas de Satan sinon je vais encore faire une crise d’hémorroïdes cérébrales. Et le plus con dans tout ça, c’est qu’avec leur idée de parchemins que l’on trouve sur les corps de soldats tombés au combat (d’ailleurs, ils ont fait comment pour arriver là où ils sont sans les ailes et le gantelet et l’aide du dieu Pan et toutes ces conneries que j’ai dû me farcir ??) ils auraient pu développer l’intrigue et la rendre vraiment cohérente. Tu parles !

Je m’étale pas sur la musique complètement oubliable : j’ai dû relancer le jeu pour me souvenir de ce que ça donne !!! SotN : Wood Carving Partita. J’ai besoin d’aller plus loin ? Non, vous adhérez. Je parle pas non plus de la page bidon de compétences qu’en avant on avait la bibliothèque…

Ce qui est paradoxal et sans doute révélateur de l’étonnante profondeur de ma personnalité, c’est que je suis allé jusqu’au bout du jeu. En temps normal, j’aurais pas passé le second chapitre. Mais je crois que ce qui m’a fait tenir, ce sont ces quelques bastons vraiment classes (Carmilla en particulier donne bien dans le grandiose) et ces moments où je me suis arrêté, accroché à une corniche pour admirer des statues de 12.000 mètres de haut et des paysages plus que classe. Et puis je m’en plaignais plus tôt mais le rythme n’est pas si mauvais que ça. En dehors d’un chapitre 2 à rallonge, le reste se fait de manière très fluide et sans vraiment de temps mort. Donc on ne passe pas foncièrement un mauvais moment avec LoS, loin de là. Mais il a cet arrière-goût de gâchis bien amer qui fait que je vais le reposer sur l’étagère et que je n’y retoucherai très certainement jamais.

Je vous ai dit que je rejoue très régulièrement à Symphony  of the Night ? Nan, je crois que vous aviez compris.

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