En pleine descente

Published 2 années ago


C’était en 2006 je crois. Je venais de me faire larguer avec pertes et fracas, et pour réussir au mieux la phase de déni qui accompagne ce genre de situation, j’avais deux méthodes à dispo : une consommation excessive de marijuana ou SSX3.

Si vous le voulez bien, je vais m’attarder sur la deuxième méthode, ça fera plus sérieux.

Se faire jeter par une fille avec qui on pensait finir sa vie n’est jamais très agréable, et je ne sais pas si c’était parce que nous étudiions alors tous les deux les tragédies shakespeariennes, mais je peux vous dire que la séparation fut full of sound and fury. Entre les trucs qui volaient à travers les vitres et les interminables discussions tonitruantes pleines de « je t’aime mais si je reste une journée de plus avec toi je vais chopper une sclérose en plaque », j’avais plus que besoin d’un havre de paix pour mes petits nerfs fragiles. Je veux dire merde, j’étais quand même en train de regarder ce que je considérais comme la seule source de bonheur fiable et durable s’effondrer devant moi. J’avais tellement sacralisé cette relation que je la voyais telle une putain de cathédrale d’ambre et de d’argent (ce qui doit être vachement moche IRL) et, complètement à côté de la plaque, je ne l’avais pas vu lentement s’effriter et bientôt me retomber sur le coin de la gueule en une pluie de soufre brûlant et dévastateur.
Alors évidemment, je ne pouvais pas me réfugier dans un brouillard cannabique permanent. Bah ouais, combustion de « tabac » + pluie de soufre = beaucoup trop de CO2 pour mon petit corps. Non, à la place, je calmais le feu de mon tourment par de loooooooooongues virées dans la poudreuse de SSX 3, LE jeu de snowboard le plus fun de la Création.

Après avoir coupé la B.O (au demeurant fort sympathique) pour n’entendre plus que le doux chant de la montagne, je montais au plus haut sommet et c’était parti pour une demi-heure de pur bien-être. Ah… la sensation grisante de la glisse… les sauts vertigineux…. les exclamations d’Allegra quand me prenait l’envie de claquer un MONSTER TRICK … Ce jeu réussissait l’étonnant tour de force de laisser au joueur le choix entre des sessions courtes bien arcades ou de longues et décontractantes escapades en freeride. Et je ne remercierai jamais assez EA pour avoir permis aux joueurs de parcourir d’une traite l’ensemble des circuits, sans temps de chargement et avec quinze milliards de chemins possibles !
J’avais depuis un moment torché toutes les épreuves Alpin et Freestyle, et je n’avais pas le cœur à m’acharner sur les défis. Non, tout ce qui me fallait, c’était du rien. Je laissais un joint s’éteindre près de moi et me concentrais sur la fluidité de mon run. Je voulais simplement que ça soit agréable, que tout se passe sans accro. Et après quelques semaines, j’appliquais ce principe à la relation avec celle que j’allais désormais devoir appelé mon ex, principe qu’elle accueillit avec bienveillance.
La situation, pourtant si effrayante dans ses premiers temps, nous fit arpenter de nouveaux sentiers dans le vaste monde des relations humaines, nous apprenions à nous connaître différemment. Dans le même temps, je découvrais encore des chemins inexplorés sur les pentes de mon jeu salutaire, ce qui était assez hallucinant étant donné le nombre gargantuesque d’heures que j’avais déjà consacrées à son exploration. C’était au moins aussi impressionnant que ma capacité à construire des analogies entre mes histoires de cœur et mes jeux favoris. Ahem…

Le temps s’écoula comme à son habitude, de l’eau coula sous les ponts, de la neige tomba sur les montagnes… Nous voilà en 2012, car oui avec le Ravenholm Post vous allez aussi voyagez dans le temps. 2012 donc, je vivais des jours paisibles à la campagne avec ma waifu et, alors que mon ex était (et est) restée une amie très chère j’avoue que j’avais laissé SSX 3 derrière moi. Mais ce serait bien mal connaître le monde du jeu vidéo que de penser que les sommets virtuels n’allaient pas à nouveau m’appeler.
Quand j’appris qu’EA relançait sa franchise, je vous explique même pas à quel point je me suis emballé ! Enfin si je vous explique sinon je vais pas avoir grand-chose à raconter… Sentant déjà les vents glaciaux qui fouettaient mon visage hilare, j’imaginais sans mal pouvoir me taper des descentes de plus d’une heure sur des pistes infiniment vastes. Bah ouais, on était passé à une nouvelle génération de consoles, ça ne pouvait qu’être encore plus immense qu’avant ! Alors j’ai fait un truc que je n’ai refait qu’une fois depuis (pour Diablo 3, on y reviendra un jour) : j’ai précommandé le jeu. En y réfléchissant bien, je vois vraiment pas pourquoi j’ai eu cette idée. Je veux dire, je vis à Saint Omer, pas vraiment le temple de la geekerie où les hits s’arrachent dès le jour de leur sortie ! Enfin bref, deux semaines après avoir passé commande, je courrais chez mon dealer de jeux habituel et récupérais ce nouvel SSX ainsi que le cadeau de précommande, à savoir un… un bonnet bleu Quicksilver… Heu, ok. Passons.

De retour dans mon doux foyer, j’insérais la galette du jeu dans ma XBOX 360, tout mon corps vibrant à la promesse d’une expérience de glisse encore plus folle qu’autrefois. Alors évidemment, l’intro m’en foutait plein la gueule d’entrée mais ça, ça faisait un moment que j’avais appris à m’en méfier. Ce qui me chagrina vraiment, c’est cet écran titre infâme qui criait « vas-y connecte toi ! Partage ! Lachetoncommsurmonwall#lol ». Et si vous le voulez bien, on va maintenant parler au présent, la mise en garde qui vient méritant de rester d’actualité.
Ce n’est pas un secret, je n’ai jamais été attiré par ce mouvement 2.0 maintenant bien installé qui veut tout nous faire partager instantanément, nous coller dans les pattes des « amis » dont on ne verra jamais le bout du nez (alors que j’adore les bouts de nez moi) dans le but on-ne-peut-plus futile de comparer nos performances. Merde, j’ai jamais voulu comparer ma bite à celle de mes potes, ce qui me préoccupe c’est de m’en servir, non ? Heu… mouais c’était pas la remarque la plus à propos ça… Enfin bref, ce que je veux dire, c’est que cette hyper connexion tout azimut va tout simplement à l’encontre de ce qui faisait le charme de SSX 3 : la liberté de glisser là où bon me semble, aussi longtemps que possible, sans me sentir envahit toutes les 5 minutes par je-ne-sais-qui ou quoi.
Mais là non non non oulala, tout ce qu’ils se sont décidé à nous refourguer ce sont des courses pas bien longues, une sensation de glisse un peu chelou et … des accessoires… Oh Grand Seigneur du Game, puisses-tu jamais leur pardonner…
Bordel mais quel est le connard qui s’est dit « Hé on devrait faire des descentes à la lampe frontale ça va être trop EXXXTREME ! » nan mais vla la purge quoi ! C’est quoi cette idée de merde de nous coller des niveaux dans le noir dans un jeu où tout repose sur le smooth ? Et les piolets franchement ? Il fallait vraiment rajouter de quoi niquer encore un peu plus une glisse déjà bancale ? Le seul truc un tantinet sympa, c’est la wingsuit, et encore, j’en suis à me demander si j’ai pas trouvé ça chouette seulement parce que je le comparais à tout un tas de trucs merdiques.
Et le rewind… non non NON NON ! La capacité à revenir quelques secondes en arrière ne fait finalement que démontrer que les parcours sont inutilement casse-gueules. Dans l’opus de mon cœur, il suffisait de marteler carré comme un bœuf pour tenter de se remettre en piste en roulant-boulant. C’était fluide, c’était cool, j’ai envie d’y rejouer.
En clair, si je devais résumer cette expérience en une phrase, je dirais : dans le SSX de 2012, j’étais content d’arriver en bas des pistes. Dans le 3, je voulais qu’elle ne finisse jamais.
Merde ça fait deux phrases…

Trois jours. C’est le temps qu’il aura fallu à mon bon sens pour ressusciter et me pousser à aller rapporter à la boutique cet infâme amas de déception. A la place, je me suis offert Catherine, une merveille de bizarrerie dont la toile de fond est la relation de couple. Comme si il était déjà écrit que j’allais un jour pondre un article mêlant snowboard et histoire de cœur. Je sais même pas comment conclure tellement ça le fait.

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